Entrons dans la Légende …

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Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point que tout souvenir en a quitté leur mémoire, les êtres communément appelés « hommes » domestiquèrent le feu. Autour de lui, ils purent se rassembler. Sa chaleur adoucissait leur sort, sa lumière éclairait leurs nuits, son cercle ordonnait leurs échanges : ainsi réunis, ils communiquèrent. L’un des premiers modes de cette communication fut le jeu, pacificateur des pulsions – jeux de grimaces, jeux de gestes, jeux de cris, jeux de postures, s’achevant souvent dans des explosions de joie.

Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point que tout souvenir en a quitté leur mémoire, les hommes commencèrent à enrichir ces jeux à l’aide des plus étonnantes de toutes leurs créations : la musique et le langage. De la voix, de la main, ils traduisaient le chant du monde et, de leurs émotions, ils faisaient naître des pensées. Prenant conscience de la mort, ils cherchèrent un sens à la vie. On dit que l’une des premières questions posées fut : « Que cherches-tu ? »

Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point qu’ils crurent pouvoir un jour l’oublier, les êtres humains constatèrent qu’un accord existait entre leurs propres rythmes et ceux de l’univers. Ils en déduisirent que celui-ci formait un tout ordonné, dont ils faisaient partie. La nature obéissait à des principes et à des lois, ils se mirent en quête de les découvrir. Cette recherche de la cohérence dynamique du monde leur ouvrit des champs de questionnement inexplorés. Les questions appelant d’autres questions, ils eurent l’intuition qu’ils pouvaient ordonner celles-ci, et que cette démarche leur fournissait des règles permettant à leur pensée de passer du chaos à l’ordre.

Pour survivre, l’homme, à l’instar de toutes les espèces qui l’avaient précédé, se mit ainsi en route, progressivement et à son insu, vers la découverte du principe de coopération. Celui-ci allait éveiller sa conscience d’une lumière nouvelle. D’une certaine façon, le Jeu des Jeux était déjà conçu. Et avec lui, l’idée que l’on peut atteindre sagesse et bonheur par le questionnement et le dialogue avec autrui.

 

L’hypothèse du Jeu Premier

Nul ne connaît le Jeu des Jeux originel, mais cet art du questionnement mutuel, dès sa forme la moins élaborée, comportait à l’évidence un certain nombre de prérequis. Un tel échange exigeait du courage – pour se soumettre au feu des questions personnelles -, mais également de la sagacité – pour interroger l’invisible et en déchiffrer les énigmes. Il demandait enfin, pour aboutir, de la bienveillance, une écoute active, de la clarté et une liberté de parole. Par ces qualités, l’homme apprit à se servir du miroir des autres pour se défaire de ses illusions et préjugés. Il découvrit comment se mettre à l’écoute d’autrui pour échanger savoir-faire et intuitions autant que rires et embrassades : pour assurer le bon emploi des connaissances, le déclenchement de la joie était considéré comme un critère suprême.

La maîtrise de cet art ne fut pourtant pas acquise sans effort, ni accordée au premier venu. Si tous les peuples connurent la pratique du questionnement éclairé, seuls quelques êtres s’y adonnèrent vraiment. Et si certains exercices ont subsisté, transmis de maîtres à disciples, il sont restés solis sacerdotibus, réservés aux initiés, généralement à travers des jeux d’initiation labyrinthiques. Voilà pourquoi la plupart de ces pratiques s’éteignirent. Au lieu de se soumettre au principe du questionnement vivant, les hommes, avec le temps, adoptèrent comme réponses des dogmes. Bientôt, ces dogmes supprimèrent tout bonnement les questions, s’efforçant de figer l’inaccessible et mouvante vérité dans les réponses définitives de grands textes infaillibles.

Un mystère entoure pourtant ces textes sacrés, un peu comme une malédiction. Aucun des ouvrages censés nous les transmettre n’existe dans sa version originale. Tous, avec le temps, ont été modifiés. La pratique des maîtres qui les avaient inspirés a disparu. Ainsi, secret ou banni, le Jeu des Jeux de notre légende devint invisible et s’enfonça peu à peu dans l’oubli. Ici ou là, de temps à autre, l’hypothèse du « Jeu Premier » ressurgissait, sous forme de contes ou d’histoires populaires au sein desquels les bribes d’un jeu semblaient dissimulées, qui ramenaient toujours à la quête d’un héros, obligé de répondre à certaines questions.

Mais l’homme vivait désormais dans l’ère des doctrines : comment imaginer qu’un jeu, une simple pratique ludique, puisse aider à vivre et à penser sans faire appel à une idéologie ? Seule, comme un espoir, sa légende perdurait, fragmentée …

Ce n’est que bien plus tard, lors de périodes de troubles, que le désir partagé de retrouver ces pratiques originales émergea à différents endroits de la planète…

Source


 

  1. Le Sceau chinois (Chine)
  2. L’Accouchement grec (Grèce)
  3. Les Tables de l’interrogation (Ancien Testament)
  4. Le Jeu des Pierres (Evangiles Apocryphes)
  5. Le Jeu du Dharma (Royaume de Shambhala)
  6. Le Jeu du Miroir (Egypte)
  7. Les Quatre Horizons (monde)
  8. Le Voyage au Népal
  9. Les Créateurs du troisième millénaire