Le Jeu du Dharma

le-toit-du-monde

Chogyam Trungpa Rimpoche, l’un de ceux qui firent connaître le bouddhisme en Occident, mentionne un royaume légendaire appelé Shambhala, un lieu de paix et de prospérité où des souverains sages et éclairés gouvernaient des citoyens tout aussi sages et bienveillants, de sorte que cette vallée abritait l’exemple même d’une société modèle. Selon certaines versions de la Légende, le jour où toute cette communauté atteignit la sagesse, “l’éveil”, le royaume de Shambhala se rendit invisible aux regards des hommes. Il se serait alors enfoui au centre de la terre, protégeant son accès par des murs de nuages et de montagnes infranchissables.

Les “enseignements de Shambhala” se fondaient sur un postulat : il existe réellement, enfouie en chacun, une sagesse fondamentale qui peut aider à résoudre les problèmes du monde. Cette sagesse n’est pas l’apanage d’une culture ni d’une religion. Il s’agit plutôt d’une aspiration humaine, profondément enracinée. Lorsqu’un être se trouve en résonance lucide avec la force incommensurable du réel, il entre en contact avec une dimension où la coïncidence devient loi et se fait véritablement « magique. Cependant, contrairement à ce que colporte la rumeur, cette magie ne serait pas un pouvoir surnaturel sur le monde, mais simplement la découverte de ce que les Tibétains appellent le Drala, c’est-à-dire la sagesse du miroir cosmique. Drala est formé de la, au-dessus, et de dra, ennemi, conflit : au-dessus des conflits, au-delà de l’ennemi. C’est donc une sagesse dépourvue d’agression.

Paradoxalement, la situation du monde, au temps où Shambhala atteignit l’éveil, était préoccupante. Guerre, pauvreté et instabilité économique généralisée, chaos politique et social entraînaient des bouleversements de toutes sortes. Pour y remédier, les sages dispensèrent un enseignement qui portait le nom d’ “art du guerrier ”. Cet art en appelait à la tradition d’un « courage bienveillant ». De la même façon que le guerrier s’assure de la noblesse de la cause pour laquelle il va mettre en œuvre des forces dangereuses, l’homme devait projeter sa pensée dans une dimension universelle, au-delà de sa maison, de sa famille, de sa ville, de son pays. Il devait se questionner pour savoir comment aider le monde dans sa totalité. C’était la mission de chacun, l’important étant de se rendre compte qu’on ne peut jamais véritablement se détendre tant que le reste du monde a besoin d’aide.

Cependant, en essayant d’imposer leur aide aux autres, certains finirent par ajouter au chaos. Car chacun avait sa théorie sur les besoins du monde ! Aussi, les sages de Shambhala prirent alors une décision que leur correspondait bien : sachant parfaitement qu’on ne peut offrir au monde ce que l’on n’a pas d’abord découvert en soi-même, ils proclamèrent que l’établissement d’une société éclairée ne pourrait s’envisager avant que chacun n’ait fait l’effort d’examiner sa propre expérience et ce qu’elle contenait d’utile pour illuminer son existence et aider les autres à en faire autant. La technique introspective utilisée dans ce but par les sages fut baptisée Jeu du Dharma.

Source


La suite ici > Le Jeu du Miroir <

Le Jeu des Pierres < Chapitre précédent