Le Jeu des Pierres

femme-adultere-pardon-dieu-christ

Selon les Apocryphes, une tradition chrétienne oubliée se référerait à un jeu, appelé Jeu des Pierres…
“Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église” : pour beaucoup de chrétiens, ces paroles restent une énigme. Selon Matthieu, lorsque Jésus arrive avec ses disciples à Césarée, le moment lui semble propice pour révéler l’essence même de son enseignement.
“Qui dit-on que je suis, moi le fils de l’homme ?” demande-t-il.
Des réponses fusent :
« Tu es Jean-Baptiste”, “Non, Élie !”, “Jérémie !”, « Un autre prophète »…
– Et toi, qui dis-tu que je suis ? reprend Jésus en s’adressant à Simon.
– Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant.
– Sois heureux, Simon, c’est mon père qui t’a révélé cela. Et moi je te le dis, tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. ”

Pour qui connaît la Légende, pourquoi ne pas imaginer que Jésus vient de proposer un jeu, sous forme d’une énigme à résoudre ? Si l’on veut bien supposer que, contrairement au dogme en vigueur, la langue originelle des Évangiles ne fut ni le grec ni l’araméen, mais l’hébreu, trois mots émergent de cette énigme : père, fils, pierre. Père se dit Ab en hébreu et s’écrit Aleph, Bet ; Fils se dit Ben et s’écrit Bet, Noun ; et Pierre se dit Eben et s’écrit Aleph, Bet, Noun. Trois mots, trois syllabes, et et trois lettres que le troisième mot contient toutes.
Jésus peut donc avoir dit à Simon : « Si tu m’as appelé fils (Ben) de Dieu, c’est mon père (Ab) qui t’a insufflé cela, et tu t’appelleras désormais Pierre (Eben). » Ce nom signe la réconciliation du Père, du Fils et du Saint Esprit. Premier symbole de la Trinité, le nom de Pierre (qui devient alors pour la première fois un prénom) semble indiquer qu’il exista un Évangile en hébreu aujourd’hui disparu…

L’Église rejette cette hypothèse, proposée par la Légende, bien que ses premiers Pères (Papias, Irénée, Pantène) aient évoqué une version de Matthieu en hébreu. La Légende, elle, évoque une histoire que l’on retrouve dans les Évangiles apocryphes et qui fait penser à un passage de l’Évangile de Jean où, lors d’un enseignement collectif, pour sauver une pécheresse, Jésus dit : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre.” Si le discours est presque identique, le scénario, lui, diffère légèrement.

Jésus se trouve dans un village où, fidèle à son habitude, il questionne : “Qui es-tu ? Que demandes-tu ici ? Et toi, que dis-tu ?” Arrive une femme, visiblement malheureuse, qui demande à suivre l’enseignement. Jésus l’invite à se joindre à eux, mais l’un des disciples s’insurge : “Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, Moïse nous prescrit de lapider ce genre de femme ! Qu’en dis-tu, toi ?”
Jésus interroge les autres disciples, dont le mari de la pécheresse, qui confirme la faute. Tous refusent l’idée que Jésus puisse accepter une femme adultère dans son enseignement. La Légende rapport que Jésus leur demande alors de prendre chacun une pierre et, se baissant, il trace sur le sol une sorte de marelle en forme de croix, semblable à celle que les petites filles d’aujourd’hui s’amusent encore à parcourir, de case en case, entre « enfer » et « ciel » : le plateau du Jeu des Pierres.
Les disciples insistent et demandent à la femme de s’éloigner. Jésus intervient : “Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre.” Il se baisse à nouveau et écrit dans le sable les questions suivantes : “Qui es-tu ?”, “Que cherches-tu ?”, etc. – une question par case. Puis il s’assied et attend. Chacun des disciples renonce à avancer sa pierre le premier sur le plateau du jeu.
« Où sont les autres ? Personne ne te condamne ? demande alors Jésus à la femme.
– Personne, Seigneur, répond la femme, en larmes.
– Eh bien, moi non plus je ne te condamne pas. Joue ta pierre !” conclut Jésus en souriant, avant de débuter son enseignement dont les fondements sont le pardon, l’entraide, l’amour du prochain…
A propos du secret des miracles, notre légende du Jeu des jeux rapporte qu’il aurait dit ce jour-là : “En vérité, pour qu’un miracle s’accomplisse, il faut assurément que son bénéficiaire le souhaite. La volonté est fondamentale et la pensée libératrice. Mais vient ensuite le temps du verbe. La pensée ne suffit pas, la parole est indispensable. Il faut demander le miracle, le verbaliser clairement, l’homme se doit d’éclaircir sa demande pour lui donner une forme à l’extérieur de lui. Qui l’entendra ? L’autre, n’importe quel autre à qui mon Père a donné forme. Ensuite, il faut avoir foi dans l’accomplissement. Si la foi n’est pas là, pourquoi solliciter l’intervention divine ? En vérité, il suffit à l’homme d’être compatissant et de vouloir sincèrement le miracle, non pas tant pour lui-même que pour son frère ou sa soeur, qui partagent la même soif que lui, et toujours en accord avec la volonté du Père. Ainsi, pas plus que vous, je ne peux accomplir de miracle pour moi-même, mais si mon Père le permet, je peux, avec vous, guérir le mal où il se trouve. »
“Que cherches-tu ? » demande alors Jésus à la femme.
– L’amour et le pardon.
– Aime ton prochain comme toi-même, tu ne pécheras plus.”

La Légende parle du sourire de Jésus, rayonnant d’une telle bonté qu’immédiatement la joie prit la place de la peine dans le cœur de la femme… et de l’homme, bientôt réconcilié avec son épouse.

Source


La suite ici > Le Jeu du Dharma <

Les Tables de l’interrogation < Chapitre précédent